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La Maison-Blanche des juristes

La juridification, soit l’emprise universelle du droit, est l’une des caractéristiques les plus immédiatement observables de la société américaine. Du Los Angeles Times au Washington Post, en passant par le New York Times, le New Yorker, la New York Review of Books ou le Hollywood Reporter, sans parler des revues intellectuelles ou des médias locaux, les pages et les analyses juridiques sont comme une évidence. La juridification n’est pas moins reflétée par la culture populaire, depuis les œuvres cinématographiques ou audiovisuelles jusqu’aux comédies musicales tirées de l’histoire constitutionnelle. Et elle se donne également à voir à travers les institutions politiques et administratives. Ainsi, le Congrès actuel est pour une importante part une sociabilité de juristes, avec 160 diplômés en droit parmi les 435 membres de la Chambre des représentants et 53 diplômés en droit parmi les 100 sénateurs. Et au Congrès, comme d’ailleurs dans les législatures d’État, il faut tenir compte des nombreux Legislative Attorney(s), ces fonctionnaires parlementaires qui sont authentiquement juristes. Comme beaucoup de gouverneurs, nombre de présidents des États-Unis sont donc aussi passés par une Law School.

Présidents juristes et juristes conseillers

« Je n’ai jamais pensé que c’était une bonne idée pour des avocats d’être président. Je pense que les avocats sont si occupés – vous savez, ils sont toujours portés à ratiociner sur toute chose, à soupeser toute chose. Ils sont toujours à défendre l’indéfendable et à chicaner… Je crois qu’il est peut-être temps … pour un homme d’affaires [de devenir président] ». Cette sentence avait été le fait du cinéaste Clint Eastwood (qui est Républicain) lors d’une intervention remarquée à la Convention républicaine de Tampa Bay le 31 août 2012.

Cet anti-juridisme et cette vision stéréotypique des avocats est paradoxalement ordinaire au « pays des avocats ». Et Hollywood semble avoir contribué à fixer ces représentations dans des conditions analysées de manière très intéressante par Michael R. Asimow dans une étude sur les cabinets d’avocats dans les œuvres cinématographiques hollywoodiennes. La déclaration de Clint Eastwood de 2012 fut d’autant plus cocasse que le discours qui suivait était celui d’un... avocat, Marco Rubio, alors sénateur républicain de Floride et que Mitt Romney, le candidat républicain à la présidence, a lui-même été formé au droit à Harvard sans être, à proprement parler, juriste. Et, si le président des États-Unis Barack Obama est Lawyer (juriste), il est moins certain qu’il ait été Attorney (avocat), comme le sous-entendait Clint Eastwood. La première catégorie est beaucoup plus large que la seconde : nombreux et de toutes sortes sont les lawyers qui ne sont pas attorneys. Bien que la qualité d’Attorney lui soit prêtée ici ou là, Barack Obama lui-même ne revendique pas avoir été formellement inscrit à un Barreau. Il revendique plutôt une qualité de juriste-conseil en droits civiques à Chicago. En toute hypothèse, il est le 25e président des états-Unis ayant eu la qualité de Lawyer. Cette longue liste de présidents juristes compte ainsi : ‒ John Adams ; ‒ Thomas Jefferson ; ‒ James Madison ; ‒ John Quincy Adams ; ‒ Andrew Jackson ; ‒ Martin Van Buren ; ‒ John Tyler ; ‒ James Polk ; ‒ Millard Fillmore ; ‒ Franklin Pierce ; ‒ James Buchanan ; ‒ Abraham Lincoln ; ‒ Rutherford Hayes ; ‒ Chester Arthur ; ‒ Grover Cleveland ; ‒ Benjamin Harrison ; ‒ William McKinley ; ‒ William Howard Taft ; ‒ Woodrow Wilson ; ‒ Calvin Coolidge ; ‒ Franklin Roosevelt ; ‒ Richard Nixon ; ‒ Gerald Ford ; ‒ Bill Clinton ; ‒ Barack Obama.

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