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Histoire politique et intellectuelle des libertés et des droits (1). Robespierre : « Louis XVI doit mourir ! » (discours à la Convention, 3 décembre 1792).

Ce texte inaugure la publication, tout au long de l’été 2015, d’une série de textes participant de l’histoire politique et intellectuelle des libertés en France. La mention « DEE » désigne le Dictionnaire encyclopédique de l’Etat. La mention « LDF » désigne l’ouvrage "Libertés et droits fondamentaux". Ces deux ouvrages contiennent par ailleurs des observations sur les biais méthodologiques et idéologiques d’une histoire linéaire ou allégorique des libertés (anachronisme des concepts, anachronisme des faits, occidentalo-centrisme, etc.).

« Il n’y a point ici de procès à faire. Louis n’est point un accusé. Vous n’êtes point des juges. Vous n’êtes, vous ne pouvez être que des hommes d’État et les représentants de la Nation. Vous n’avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre, un acte de providence nationale à exercer…

Louis fut roi et la République est fondée : la question fameuse qui vous occupe est décidée par ces seuls mots. Louis a été détrôné par ses crimes : Louis dénonçait le peuple français comme rebelle ; il a appelé, pour le châtier, les armes des tyrans ses confrères : la victoire et le peuple ont décidé que lui seul était rebelle : Louis ne peut donc être jugé ; il est déjà condamné ou la République n’est pas absoute. Proposer de faire le procès de Louis XVI, de quelque manière que ce puisse être, c’est rétrograder vers le despotisme royal et constitutionnel ; c’est une idée-contre-révolutionnaire, car c’est mettre la Révolution elle-même en litige.

En effet, si Louis peut être encore l’objet d’un procès, il peut être absous, il peut être innocent ; que dis-je ! il est présumé l’être jusqu’à ce qu’il soit jugé ; mais si Louis est absous, si Louis peut être présumé innocent, que devient la Révolution ?

Si Louis est innocent, tous les défenseurs de la liberté deviennent des calomniateurs, les rebelles étaient les amis de la vérité et les défenseurs de l’innocence opprimée…

Toutes les hordes féroces du despotisme s’apprêtent à déchirer de nouveau le sein de notre patrie, au nom de Louis XVI ! Louis combat encore contre nous du fond de son cachot…

Pour moi, j’abhorre la peine de mort prodiguée par vos lois ; et je n’ai pour Louis ni amour, ni haine ; je ne hais que ses forfaits … Je prononce à regret cette fatale vérité… mais Louis doit mourir parce qu’il faut que la patrie vive… Je demande que la Convention nationale le déclare dès ce moment traître à la nation française, criminel envers l’humanité ».


Contexte.20 avril 1792. Louis XVI propose de déclarer la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie » ‒ 27 mai 1792. L’Assemblée (la « Législative ») vote trois décrets contestés par le roi, dont celui qui tend à bannir les prêtres réfractaires (27 mai) – veto royal aux trois décrets et révocation des trois ministres girondins ‒ 20 juin 1792 : manifestation populaire à Paris contre le roi, les patriotes manifestant aux Tuileries lancent notamment le fameux « À bas l’Autrichienne » - Manifestations royalistes dans certaines provinces ‒ 3 juillet 1792. Vergniaud demande la déchéance du roi : « C’est au nom du roi que les princes français ont tenté de soulever contre la nation toutes les Cours de l’Europe ; c’est au nom du roi que la liberté est attaquée »11 juillet 1792. L’Assemblée déclare « la patrie en danger » : appel aux volontaires de toute la France ‒ 15 juillet 1792. Manifeste du duc de Brunswick. Rédigé à Coblence, le manifeste n’est connu à Paris que le 28 juillet. Le texte, à la rédaction duquel ont concouru différents émigrés et que Marie-Antoinette a supervisé, est une mise en cause de la Révolution. Le texte promet la mort aux contestataires parisiens ‒ 10 août 1792. Révolution de 1792. Commune insurrectionnelle de Paris. Refuge du roi et de sa famille à l’Assemblée. Panique de l’Assemblée devant les événements. L’Assemblée vote : 1. la suspension du roi 2. la convocation d’une nouvelle assemblée constituante, une Convention devant « assurer la souveraineté du peuple et le règle de la liberté et de l’égalité » 3. l’abrogation de la distinction entre citoyens actifs et citoyens passifs 4. La désignation d’un exécutif provisoire, un conseil des ministres de six membres dont la figure principale est Danton, ministre de la Justice quoique par ailleurs substitut du procureur de la Commune ‒ Août 1792. Transfert du roi à la prison de la Tour du Temple. Échec de la tentative contre-révolutionnaire de La Fayette, fuite de l’intéressé après qu’il fut déclaré « traître à la patrie » par l’Assemblée. Arrêté par l’armée autrichienne La Fayette vit jusqu’en 1797 sous le statut de prisonnier de guerre. ‒ 17 août 1792. Création d’un Tribunal criminel extraordinaireSeptembre 1792. « Massacres de septembre » : massacres des prêtres réfractaires aux Crames, massacre des prisonniers de l’abbaye de Saint-Germain (procès expéditifs) ‒ 20 septembre 1792. Bataille de Valmy. Dumouriez et Kellerman tiennent tête aux Prussiens qui battent en retraite (l’historiographie de la Révolution n’est toujours pas consensuelle sur les raisons de cette retraite de la plus puissante armée européenne). La victoire de Valmy est interprétée comme étant par ailleurs la victoire de la Révolution. ‒ 20 septembre 1792. Débuts de la Convention.

Tags (DEE & LDF) : Coup d’État ‒ Historiographie des libertés et des droits ‒ Jedburgh Justice ‒ Justice (d’exception) ‒ Révolution ‒ Terreur

21 juillet 2015

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